5 choses que je n’aime pas chez Affinity Designer

Dans le précédent article, je faisais l’apologie de ce logiciel de graphisme qui semble être une bonne alternative à Photoshop et Illustrator. C’est vrai que Affinity Designer a de sacrés arguments pour se faire une place auprès des professionnels de l’image. Toutefois, tout n’est pas #FF1493… enfin rose quoi.
Je vous décortique ce qui me pose le plus de problème en cinq points.

5 trucs qui me mettent les boules.

1 – Gestion des fichiers .psd

Quand on travaille avec des agences de communication, on se partage parfois les fichiers de travail pour être le plus efficace. Dans la majorité des cas, ça sera des fichiers .psd car les agences travaillent avec la suite Adobe. Pour ces grosses structures, la suite Adobe est la solution la plus pertinente mais pas forcément pour les freelances (voir mon article à ce propos : Je trompe Adobe).
Affinity Designer permet d’ouvrir les fichiers .psd ou .ai et permet aussi d’exporter ces propres fichiers en .psd (ou .eps, etc) pour un échange sans accroc. Enfin, ça c’est sur le papier… En réalité, il y a des grosses limites à l’import et à l’export des fichiers .psd.

Import des .psd dans Affinity Designer

Affinity Designer ne reconnaît pas les objets dynamiques puisqu’il n’en utilise pas lui même. Si vous ne savez pas ce qu’est un objet dynamique, dites-vous que c’est un .psd dans un autre .psd. C’est un outils très pratique qui permet de segmenter son fichier de travail en plusieurs sous parties.
Mais alors que fait le logiciel quand il y a un ou plusieurs objets dynamiques dans un .psd importé ?

Que devient un objet dynamique (ici « Rectangle Arrondi 1 » qui contient un calque bitmap, un calque forme et un calque texte) créé dans un .psd sous Photoshop ?…

C’est simple, tous les groupes, les calques, les masques qui font partie d’un objet dynamique, vont être fusionnés en un unique calque bitmap. Et bien sur quand on ré-ouvre le .psd avec Photoshop (après l’avoir exporté sur Affinity Designer), les objets dynamiques d’origines n’existent plus en tant que tel, ceux sont bel et bien des calques bitmap.
Autant vous dire que les graphistes de l’agence avec qui vous travaillez, vont grogner, et à juste titre d’ailleurs.

… L’objet dynamique est tout simplement fusionné en un calque bitmap sous Affinity Designer.

Export des .psd pour Photoshop

Puisque Photoshop propose plus de fonctionnalités que Affinity Designer, comme les objets dynamiques, il est plutôt logique de se dire que l’import allait poser quelques problèmes. Mais l’export n’est pas en reste.

Le plus gros soucis que j’ai pu rencontrer sur un fichier .psd créé sur Affinity Designer est la gestion du texte. À l’heure actuelle, un calque de texte créé sur Affinity Designer n’est pas reconnu comme tel sous Photoshop. Le texte est entièrement pixelisé encore une fois ! Ce qui signifie aucune possibilité de le modifier facilement ou de le copier-coller.

Un sacré poids qui gêne énormément le workflow entre différents logiciels.

L’équipe de développement rencontre des problèmes de conversions de fichiers en .psd notamment pour le texte et a opté pour cette solution de secours. Soit… J’espère sincèrement que c’est un problème qui sera résolu rapidement. En attendant c’est un très gros point #000000 enfin noir.

2 – La persona Export

Alors que Affinity Designer dédie une grosse partie de son logiciel au rendu des images avec la persona Export (plus de détails dans mon article précédent), force est de constater que ça pêche malgré tout. Cette fois, je parle des formats d’images finales (.jpg, .gif, .png, etc) et non des fichiers de travail comme les .psd.

La compression .jpg

Il faut faire attention à la compression quand on exporte en .jpg avec Affinity Designer. En effet le logiciel a une tendance à compresser beaucoup plus fort (présence forte d’artefacts) que Photoshop quand on baisse la qualité de l’export.

N’oubliez pas que le .jpg est probablement l’un des pires formats en terme de qualité quand il y a autant de texte à afficher.

Toutefois, le poids baisse aussi plus rapidement comme vous pouvez le constater sur l’image au dessus. En réalité là où sur Photoshop on avait plutôt un bon rapport qualité/poids autour des 70 %, sur Affinity Designer il faudra mettre la jauge autour des 90 %. Malheureusement, il n’y a pas d’aperçu en temps réel du fichier avant qu’on ne l’exporte. Vous allez donc souvent vérifier vos fichiers après coup pour réajuster au fur et à mesure vos paramètres.

Le cas des 8 bits

Si vous souhaitez optimiser le poids et la qualité de vos images, vous devez savamment alterner entre les formats disponibles. Et notamment utiliser les images en 8 bits (.png 8 bits ou .gif) qui offrent l’avantage d’avoir un poids moindre selon les cas et surtout de vous préserver des artefacts de compression.
Mais, pour une raison qui m’échappe, Affinity Designer génère même des artefacts graphiques sur ces formats d’images !

Voici une image exportée en .png 8 bits où on peut déceler des artefacts en ayant un écran bien calibré.
La même image avec un contraste plus fort pour mettre en avant les artefacts générés par le logiciel.

Pour le moment, la seule « solution » pour ne pas avoir ces artefacts est d’exporter dans un fichier autre que 8 bits, comme le .jpg ou le .png 24 bits.

3 – Les outils manquants

La transformation libre et les déformations

Non, il n’y a pas de transformation libre ou de déformations sous Affinity Designer. Oui, vous avez bien lu. Il est impossible de déformer rapidement un objet ou une sélection pour lui donner un effet de perspective par exemple. Pas possible non plus d’adapter un logo avec un filet de déformation et le mettre sur un support pour avoir un visuel un peu sexy.

Par exemple, il est impossible de manipuler un élément comme ça :

Il n’existe pas non plus de filtres de déformation pré-configurée comme ceux qui existent depuis longtemps dans d’autres logiciels (arc, océan, fisheye etc).

L’outil tampon

Il faut également noter l’absence de l’outil tampon qui permet de retoucher des images bitmap en dupliquant une source. Une absence volontaire des développeurs car, je cite un modérateur du forum officiel :

Affinity Designer n’a pas été conçu pour faire des retouches d’image complexe.

Bon je comprend bien la volonté de vouloir faire des logiciels bien spécialisés, mais cet outil n’aurait vraiment pas dénoté dans la persona Pixel. Sinon on pourrait enlever les outils densité/doigt/flou/netteté également, non ? Voir carrément enlever la persona Pixel en entier.
Toutefois, l’outil est bien présent sur le logiciel Affinity Photo.

4 – La productivité

Récemment, j’ai utilisé Powerpoint pour un client, et mon dieu, qu’est-ce que je hais ce logiciel. Son interface va aux antipodes des logiciels de graphismes et n’a pas du tout était pensé pour la productivité. L’exemple le plus flagrant est l’absence quasi-totale de raccourcis clavier qui nous oblige donc à faire des allers-retours dans les menus.
Heureusement Affinity Designer n’en est pas à ce point. Mais je peux noter quelques petites erreurs qui montre que le logiciel manque un peu de maturité.

Raccourcis clavier : chemin glissant

Affinity Designer manque de raccourcis clavier pour nous aider. Bien sur il est possible d’en paramétrer très facilement. Je suppose qu’on doit même pouvoir trouver des fichiers à charger qui nous donnent des raccourcis très proches de ceux de Photoshop et/ou Illustrator.
Là où c’est problématique c’est que pour certaines actions, il n’est pas possible de créer de raccourcis clavier du tout.

Une chose que j’avais souvent l’habitude de faire sur Photoshop, était de copier-coller les styles de calques (une ombre portée par exemple). Sur Affinity Designer ce n’est pas possible. Il faut repartir dans les effets de calques pour chaque calque et ça peut devenir fastidieux.
Comme l’action du copier-coller de l’effet n’existe pas, il n’y a pas non plus de raccourci clavier pour le faire.

La solution serait de créer un style à partir des effets qui sera inclus dans une bibliothèque de Styles, puis de ré-utiliser ce style pour chaque calque. Sur le papier ça peut paraître super pratique, mais vous pouvez vous retrouver en réalité avec une multitude de Styles plus ou moins utiles dans votre bibliothèque. Et bien sur aucun style n’est sélectionnable par raccourcis clavier.

Palettes qui tâchent

L’interface du logiciel montre aussi quelques faiblesses, le genre de petits détails qui au début font hausser un sourcils… Puis vous font soupirer, voire grincer des dents.

Le truc qui m’embête le plus à propos de l’interface est la palette Couleur. Celle-ci a plusieurs options d’affichages selon les goûts de l’utilisateur : en cases, glissières, roue, etc. Ok, mais ça aurait mérité d’être plus facilement sélectionnable.
Enfin, admettons que l’utilisateur change rarement d’affichage, pourquoi mettre une fonction si utile que Accord de couleur dans ce même endroit si peu pratique ?

Ou encore pourquoi mettre les différents formats colorimétriques (RVB, CMJN, TSL, etc) dans une liste déroulante ? Ça aurait été tellement plus simple de tout mettre comme sur Photoshop.

À gauche, la palette Couleur d’Affinity Designer, ses listes déroulantes et ses options cachées. À droite, Photoshop pensé avec plus d’efficacité où on peut voir les couleurs RVB, CMJN, Hex, TSL, etc en un clin d’œil.

Enfin pour clore le tout, le logiciel ne bascule pas automatiquement le format colorimétrique de la palette Couleur en fonction du format du document. Je m’explique.
Si vous avez mis le format RVB Hex dans votre palette Couleur pour un projet web, et que vous passez à un nouveau projet pour l’impression cette fois, le format colorimétrique de la palette ne changera pas automatiquement. Vous serez toujours en RVB Hex alors que dans la configuration du document à sa création vous avez bien spécifié CMJN.

5 – Plugin et autres ressources de la communauté

Il existe de nombreux plugins qui permettent de modifier Photoshop pour l’adapter à ses besoins. Souvent d’ailleurs on retrouve les fonctionnalités des meilleurs plugins dans les versions suivantes du logiciel d’Adobe.
Hélas, il n’y a pas de plugin pour Affinity Designer et ça ne semble pas être dans les priorités des équipes de développement.

Quand aux ressources, et bien c’est assez rachitique pour être honnête. Et si en plus vous cherchez des tutoriels en français, alors là c’est même plutôt la Bérézina. Toutefois, vous pouvez trouver quelques articles par ci, par là qui vont vous aider à appréhender quelques aspects du logiciel.
En réalité, ce problème m’amène à me demander si je ne devrais pas moi même combler ce vide : proposer un guide le plus complet possible en français avec des exemples.

Le futur d’Affinity Designer

Comme vous pouvez le constater, la plupart de ses problèmes sont des soucis de jeunesse. J’espère vraiment que les équipes de développement vont corriger le tir. De préférence avant la version 2.

Enfin, il faut vraiment que je teste Affinity Photo pour le décortiquer également. J’ai vraiment l’impression que Designer et Photo sont indissociables aux yeux des équipes de développement.
Quoiqu’il en soit, je trouve que le logiciel seul, se débrouille bien malgré ces soucis énoncés.
Et vous, vous en pensez quoi ? Avez-vous trouvez des choses encore plus terribles sur ce logiciel ? Ou bien cet article vous conforte dans l’idée de ne pas passer sur Affinity Designer ?


Retrouvez une partie de mes projets de design ou mes travaux artistiques. Si mon profil vous intéresse, je suis disponible pour vous accompagner dans vos projets : contact.

2 réponses sur “5 choses que je n’aime pas chez Affinity Designer”

  1. Hello Patrick !

    Tout d’abord, un grand merci pour cet article qui expose clairement les pistes à pourvoir pour l’optimisation de ce logiciel.
    Malgré ses énormes points forts inspirés notamment du concurrent d’Adobe, Sketch, il pêche réellement dans le travail collaboratif, notamment avec les pépins des imports / exports, la génération automatique de calques bitmap, la non-modification possible des textes, et tous les sujets que tu as pu relever.

    A ce sujet, je trouve relativement difficile d’avoir des réponses du support ou tout du moins, un visu sur l’état d’avancement des prochaines fonctionnalités implémentées, des bugs à résoudre, etc.

    Quant à ton idée de créer une communauté française autour de cet outil, j’en pense le plus grand bien, dans l’optique ou les équipes de développement se mettraient sérieusement à la tâche pour obtenir un logiciel qui concurrencerait définitivement la suite Adobe.

    Merci pour ton article !

    1. Salut Pauline,
      Et merci pour ton commentaire et ton soutien. Pour le support, je t’avoue que je n’ai jamais eu affaire à eux (quelque part c’est un bon point) donc je ne saurais trop m’avancer sur ce sujet. En revanche pour la feuille de route, tu peux la trouver ici : https://forum.affinity.serif.com/index.php?/topic/842-affinity-designer-feature-roadmap/ ne te fies pas à l’année du message du modérateur qui date de 2014, il est souvent mis à jour en fonction des releases (et j’espère des retours de la communauté).
      Là où je suis le plus inquiet c’est la concentration des forces des développeurs sur les versions mobile/tablette… Qui pour moi est un beau gâchis de ressources. En tant que professionnel, je ne me vois pas travailler sur une tablette pour faire du graphisme pour des raisons de confort et de productivité 😛

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