Analyse de speed painting

Après avoir essayé de #DrawWhatever avec le sympatique Nyo, la semaine dernière, j’ai remis ça cette semaine. Le thème était : yakuza, loup-garou et ampoule. Cette fois j’ai enregistré tout le processus de mon speed-painting dans une vidéo pour en faire une analyse complète : de l’idée initiale jusqu’au dernier coup de brosse.
Revoyons ça au ralenti, enfin en accéléré plutôt !

NB : Si vous ne voyez pas de quoi je parle avec le #DrawWhatever, je vous invite à lire mon précédent article sur le sujet.

Ampoule, loup-garou et yakuza

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Les mots clés

Qui dit ampoule, dit lumière (du moins pour moi), et travailler sur la lumière en si peu de temps, c’est un sacré défi. Le genre de truc qui peut ruiner une illustration bien avant même de faire une moue dubitative.

Pendant que je réfléchis à cette problématique, Cyprien (l’invité de l’émission) prend le temps de noter quelques caractéristiques bien particulières du loup-garou avant de se lancer. Épaules massives, taille fine, sourcils marqués, etc. Le genre de petits détails qui influenceront mon croquis au fur et à mesure de son avancée. Merci à lui.

Quand j’entends le mot yakuza, je pense immédiatement aux vieux mangas (GTO, City Hunter, Yu-Yu Hakusho) et surtout aux films de Takeshi Kitano (Hana-Bi, Sonatine, Aniki mon frère). Bref j’ai largement de quoi puiser dans ces chefs-d’œuvre japonais pour réaliser un personnage charismatique.

Mon idée

L’émission a pris un peu de retard et je sais donc que je n’ai pas trop le temps de tergiverser. Je pars sur la première idée qui me vient en tête. Ça sera un loup-garou mafieux qui allume sa cigarette en la posant sur une ampoule bien chaude.
L’idée me semblait sympa au début…

Je n’ai pas envie de faire un loup-garou méchant et bestial. J’opte alors pour un personnage plus humain, plus « sympa »… Le aniki (grand frère) qui, quand la situation dégénère, est prêt à vous aider mais à vos risques et périls. Il faut donc qu’il soit cool, malicieux et sûr de lui.

Étape par étape

Croquis et composition

Rapidement, je pose les premiers traits grossiers pour délimiter l’espace de ma composition. Je me concentre sur la tête du personnage et l’ampoule. La cigarette prend la place centrale, c’est l’objet qui donnera du sens à la composition.

La vidéo suivante est accélérée ×3 :

Une fois le croquis placé, je creuse dans les traits avec la gomme pour affiner tout ça. J’aime bien cette partie où je sculpte la matière pour lui donner un aspect plus léché. En réalité, à ce stade je « dessine » plus avec la gomme qu’avec les brosses classiques. C’est une bonne façon de contourner le problème de précision des tablettes graphiques comparée au dessin traditionnel.

Blocking et ambiance

Une fois satisfait de mon trait et du nouveau cadrage plus percutant, je commence le blocking. Je pose les couleurs en aplat (faire de gros blocs de couleurs) sur des calques différents.

La vidéo suivante est accélérée ×7 :

Très vite, je me concentre sur l’ambiance à faire passer dans l’illustration. Le personnage ne doit pas paraître trop sombre car je le veux amical. Toutefois, il doit rester inquiétant, c’est un prédateur et un manipulateur. J’alterne les couleurs chaudes et froides pour mettre en avant cette dualité.

Rendu et finitions

Le temps file et je dois passer à l’étape suivante : enlever les traits du croquis. Il existe plein de méthodes. Moi je préfère repasser en couleur sur mes lignes de croquis en verrouillant la transparence de mon calque de croquis.

La vidéo suivante est accélérée ×7 :

Sur un calque supérieur, je finis la tête de mon personnage en travaillant le pelage et la lumière qu’il reçoit. Généralement, je n’hésite pas à aplatir tous mes calques à ce stade de l’illustration même si ce n’est pas le cas ici.
Beaucoup crieront au blasphème. Mais je trouve ça plus rapide et plus naturel de travailler sur un support unique comme un artiste traditionnel.
Inutile d’essayer de me convaincre du bien fondé des calques, je connais tout ça par cœur. En tant que graphiste depuis plus de 10 ans, je suis un gourou des éléments non destructifs : calque, effet de calque, masque, écrêtage, etc font partie de mon travail au quotidien.
Mais ce n’est pas du graphisme, c’est de l’illustration. Et j’aime garder le feeling du dessin traditionnel dans ce cas de figure précis.

La vidéo suivante est accélérée ×12 :

Voici le résultat final après 1h15 de travail :

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Si c’était à refaire…

Si je me donnais plus de temps à corriger l’illustration, voire à la refaire complètement, il y aurait pas mal de chose à revoir.
Déjà la lumière de l’ampoule qui n’imprègne pas assez la veste du personnage. La source de lumière est très chaude et proche, on ne le ressent pas assez dans les valeurs et les teintes des habits. Elle est censée être légèrement devant l’épaule droite du protagoniste, or on a l’impression que la lumière vient de derrière.

Il y avait vraiment quelque chose à faire avec cette lumière. J’aurais pu renforcer l’effet polar avec une ambiance plus pesante. Par exemple avec l’ombre projetée du yakuza sur un mur derrière lui.

La représentation de la cigarette qui s’allume au contact de l’ampoule n’est pas très claire. Avec du recul, j’aurais fait une autre pose plus évidente mais peut-être plus difficile à dessiner avec le temps que j’avais.
La main qui allume/éteint l’interrupteur n’aide pas à rendre la composition plus facile à lire. En plissant les yeux, j’ai l’impression de voir le personnage lever un verre de vin pour porter un toast…

Voici une proposition qui aurait eu plus d’impact à mon avis.

Enfin, à vouloir le rendre très humain, j’ai omis quelques particularités bestiales qui auraient été super. Comme faire de la fourrure qui dépasse de sa chemise ouverte.

Malgré tout, je suis satisfait de ce speed painting et j’ai surtout pu déterminer un axe de progression. En effet, je me rends compte que je ne prends pas assez de temps pour corriger mes valeurs. Ça devrait être l’une des étapes prioritaires même (et surtout ?) pour un speed painting.
Il va falloir bosser dur pour corriger ça et fournir un résultat plus professionnel. Si vous avez de bons exercices pour travailler les valeurs, n’hésitez pas à me les partager en commentaire ou via les réseaux sociaux.
Et vous ? Quels sont vos axes de progression pour devenir le nouveau oyabun (le parrain) dans le milieu sauvage des illustrateurs ?

Mise à jour

Récemment, j’ai peint un nouveau loup-garou. Vous pouvez également voir la vidéo du processus complet (mais accéléré pour tenir en 6 minutes) sur cet article : Speed painting bestial.


Retrouvez une partie de mes projets de design ou mes travaux artistiques. Si mon profil vous intéresse, je suis disponible pour vous accompagner dans vos projets : contact.

2 réponses sur “Analyse de speed painting”

  1. Une belle analyse de ton travail qui peut servir a tous pour mieux dessiner vite et bien. J’adore ce loup : il me fait un peu penser à celui de Tex Avery qui va voir la chanteuse et en devient fou
    Avant le spectacle, il est comme ça, élégant et malicieux. Un peu menaçant de façon implicite.
    J’ai une suggestion grammaticale : enlève le « t » dans « j’aurais put renforcer ». Tu as du l’oublier.
    Superbe article utile
    . Merci.

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